Histoire de plaisir

Désolée maman, je sais que tu lis tous mes textes mais peut-être qu’à force d’en écrire de ce genre-là, y’en aura plus de tabous sur ce sujet-là. Je me suis sentie honteuse de poster un texte du genre, pis c’est pour cette raison-là que je le post. Parce que ça devrait pas.


C’est le 14 février qui approche. Aujourd’hui, je te parle pas de chocolat, de toutous ou de cadeau. Je te parle de plaisir. Pas de celui que tu vois dans tes vidéos de porn, mais de celui qui a été tellement difficile pour moi à atteindre, pis qui des fois l’est encore (pis je ne pense pas être la seule).


Je vais essayer de remonter dans le temps avec toi parce que je sais pas d’où a parti ma difficulté à avoir un orgasme. Ça part peut-être de moi, ça part peut-être de plus loin, mais d’après moi, c’est un mélange de qui je suis et de la société dans laquelle j’ai été élevée.


T’as tu déjà entendu parler de ça toi, que la masturbation ça rendait sourd? Une vieille légende urbaine probablement propagée par un curé, parce que selon le grand gars d’en haut le plaisir c’est un pêché. Déjà là, on a un problème. On se ramasse des centaines ou même des milliers d’années plus tard à écoper d’une vieille façon de penser qui nous fait culpabiliser envers peu importe la forme de plaisir qu’on rencontre.


Parlant de vieilles façons de penser, y’en a une autre qui est partout ces temps-ci pis c’est le privilège de l’homme. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, même si je peux... Je veux juste revenir sur mon histoire d’adolescente. À l’école, je peux même pas te dire combien de fois je me suis fait demander : « tu suces-tu ou tu crosses yinke? » Je peux pas non plus compter le nombre de fois qu’on m’a flatté en dessous du menton en me disant : « ah t’as la peau douce, tu dois bien sucer. » Tout ça, avant même d’avoir vu mon premier pénis. J’avais pas encore fait l’amour que je sentais une pression de performer pour l’homme. On ne m’avait pas parlé de consentement, ni mis au courant que j’avais mon mot à dire. J’aurais aimé ça le savoir quand au début de ma vie sexuellement active un gars est venu se coucher en cuillère avec moi et m’a dit de ne pas bouger. Lui il en a eu du plaisir, moi ? je te laisse deviner.


Mais mon texte, c’est pas un texte de dénonciation, ou pas juste ça en tout cas. C’est plus une réflexion sur mon plaisir. Pourquoi ça m’a pris plus de 10 ans à accepter mes « grosses » fesses. Pourquoi je n’arrivais pas à m’explorer sans me sentir sale pendant des années, gênée d’être seule avec moi-même? Pourquoi je sens encore la nécessité d’expliquer que ça ne me dérange pas d’avoir des petits seins. Pourquoi je me demande encore si ma vulve est normale. C’est quoi de toute façon une vulve normale? Pis pourquoi j’ai finalement accepté mon corps à force de me faire répéter par l’homme qu’il était beau? Étrangement, c’est à force de l’entendre par les gars que j’ai fini par le croire. Pourquoi je donne plus de poids à ce qu’ils pensent? Pourquoi ce serait lui qui dicte comment aimer mon corps ?


Don’t get me wrong, j’aime l’homme. Je ne met pas la faute sur quelqu’un en particulier, juste sur une société qui a vraiment mal évolué, pis ça aussi ça sera pour une autre conversation.


C’est juste que mon passé en tant que femme et en tant que Valérie a fait que j’ai eu et que j’ai encore de temps en temps de la difficulté à m’autoriser le plaisir. On dirait que je me sens mal ou pressée. Je ne sais pas comment le recevoir. Probablement en partie parce que je n’ai pas souvent été de ce côté-là, pas souvent mise de l’avant. Pis quand j’ai la chance d’être avec quelqu’un qui donne autant d’importance à mon plaisir qu’au sien, en plus de vouloir me dépêcher (tsé pour pas trop le faire travailler), je sens la pression de jouir. C’est pas lui personnellement qui me la met cette pression-là. C’est vous, pis lui, pis eux, pis moi. Pis c’est sur ça qu’il faudrait travailler.


Avec le temps, cette situation-là se fait de plus en plus rare de mon côté. Peut-être parce que je vieillis et mes partenaires aussi. Peut-être parce que je travaille à ne plus me sentir mal quand je me trouve belle. Peut-être aussi parce que je n’essaie plus d’arriver à une fin mais de réellement profiter de tout ce qui se passe à deux. Peut-être parce que la population en parle plus ouvertement.


Peu importe la raison, peu importe ton identification ou non-identification sexuelle, t’as droit au plaisir pis si le gars d’en haut m’envoie brûler pour avoir dit ça ben ça en vaudra la peine.


xx



Photo crédit : @_lastdayofmay_


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